P1030056Horta est LE grand carrefour des voiliers du large en zone Atlantique. Il y aussi les Canaries mais Horta a plus de caractère. L'île de Faial est ainsi plus visitée par des voiliers au long court que par avion et surtout, c’est pour la plupart des bateaux qui rentrent en Europe, la fin du périple. Les bizuths sont devenus expérimentés, les rêves d’escales sont devenus souvenirs et sujet de conversation. Plus qu’ailleurs, la communauté des marins se reconnait, se retrouve et profite de ce dernier rendez-vous entre pairs.

Sans surprise, je retrouve de nombreux collègues croisés tantôt.  Et puis les rencontres sont inévitables, même pour les plus misanthropes des marins, ne serait-ce que parce que, dans le mythique bassin nord, l’affluence de la saison nécessite de se mettre à couple sur plusieurs rangées, deP1030057 voir passer les équipages voisins sur le pont de son bateau pour se rendre à quai. Quant à se dégager de ce bordel, à moins d’être le dernier, mieux vaut prévenir bien à l’avance et être créatif pour la manœuvre, toujours intéressante à regarder et à aider, moins quand vient son tour.

Entre bricoles plus ou moins lourdes qui occupent la plupart et les multiples rendez-vous donnés aux copains, le risque principal à Horta est de ne pas s’éloigner d’un périmètre compris entre le port et le Peter’s Cafe sport. Je n’échappe qu’à peine à la règle : Une ballade par beau temps pour la Cala do Inferno mais guère plus. Bernard est plus courageux en se rendant à Pico. Je me donne de bonnes excuses : La couture m’a pris une journée, j’ai déjà fait le tour de l’île en 2008 avec Jérôme et puis surtout, le temps est bouché et motive peu aux activités touristiques.

Après tout, le temps de prendre son temps est aussi le privilège et le luxe du grand voyage. J’en goûte les derniers instants en bonne compagnie, dans les restaus, les cafés enfin redevenus très abordables, sur un bateau ou un autre pour un apéro, une fête ou une ventrée de P1030061thon rouge acheté sur le quai à un pêcheur, me régale de cette diversité cosmopolite de toute nationalité, tous âges, toute situation, des jeunes bombasses norvégiennes qui allument à tout va, à « bout de bois », vénérable dinosaure marin qui navigue à la dure sur le côtre aurique construit de ses mains 20 ans plus tôt. Invraisemblable diversité humaine rassemblée pour quelques jours qui a en commun de faire un pied de nez plus ou moins durable à la « vie normale ».

Le 9 Juin, nous quittons Horta pour l’île de Terceira, à 80 milles de là. Bernard reprend son avion le 11 et quitte définitivement le bord pour retrouver sa famille et se réinstaller en Europe. Depuis Paraty, au Brésil, où il m’a rejoint l’été précédent, nous aurons passé plus de 6 mois cumulés ensemble. Nous  savions tous deux que l’expérience pourrait être délicate parfois mais, au final, nos caractères très différents et les nombreux moments de respiration que nous avons aménagés en cours de route ont permis de faire mentir l’adage qui veut que « la meilleure façon de perdre un ami est de naviguer durablement avec lui ». Excellente expérience pour tous deux donc sans aucune ombre notable.

Je reste encore quelques jours à Terceira, le temps de quelques bricoles, P1020741rangement et nettoyage du bateau avant mon vol pour Paris le 16. Je rentre en France pour un gros mois avec mes fistons. Retour aux Açores fin Juillet et puis ce sera le dernier run vers la France en Août.  Protégée, surveillée, à 10 mn de l’aéroport international  et surtout,  à moins de 7 euros  la nuit, ce qui en fait probablement une des moins chère de tout l’Atlantique, la Marina de Praia Da Vitoria est l’endroit idéal pour stationner le bateau. Le temps est toujours moche, à peine si je retourne lambiner une journée à Angra Do Heroismo, le chef lieu de Terceira classé au patrimoine de L’Unesco et puis à mon tour d’embarquer pour Paris, l’esprit au neutre.