Galapiat

Les tribulations de Galapiat et de son équipage

08 novembre 2009

Portraits croisés et tranches de vie

011Désolé mais toujours pas de plage ni de cocotiers dans ce post. Pour ça, un catalogue du Club Med fera mieux l'affaire que le Cap Vert, d'autant que Palmeira n'est pas précisément le plus bel endroit de ce pays. Avec le dépôt pétrolier de la Shell qui défigure la plage, les containers abandonnés sur le petit quai de commerce et ses eaux troubles pleines de requins aggressifs, on peut vraiment trouver mieux. Les quelques touristes qui débarquent rapidos en minibus chaque jour pour un parcours minuté, la mitraille du "quai des pêcheurs si typique" en sont certainement un peu déçus. Ces abrutis n'ont évidemment rien compris. Le Cap Vert, c'est avant tout un peuple terriblement attachant. Difficile à expliciter mais disons juste que ce sont de magnifiques personnes en général. Physiquement, être un blanc bec mou du bide à côté d'eux devient difficile à vivre; pour le reste, ils sont ultra détendus un peu comme les brésiliens, tout en conservant une identité bien marquée et forte. Je ne sais pas si un jour j'irai en Polynésie. C'est certainement très beau mais la culture locale ne m'attire guère. Au delà des clichés concernant les vahinées et les ukulélés, je crois surtout que beaucoup, à force d'être subventionnés pour glander, sont devenus de grosses loques avinées. Ce n'est pas le cas ici. Le pays ne donne rien facilement à part le poisson et il faut se battre pour vivre. Dieu qu'ils sont beaux et curieusement,  les européens qui prennent le temps d'aimer ce pays sont également plus beaux qu'ailleurs.

Portraits croisés et tranches de vie

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Quel âge lui donnez-vous? La petite trentaine? Et bien non. Il a 45 balais, longiligne et musclé, ses yeux émeraude vous remplissent de joie lorsqu'ils croisent votre route. Il est déjà trois fois grand-père. On discute souvent et malgré mon portugnol approximatif, on se comprend parfaitement. Il m'aime bien je crois, surtout depuis que j'ai prélevé sur les colis de correosdelamar.org, quelques peluches pour ses petits enfants.

013Lui n'est guère beaucoup plus âgé que moi. Par contre, il a dix vies d'avance. Engagé dans la marine à 17 ans, sorti à 25, quelques tours du monde sur son voilier plus tard, il se retrouve au cap Vert  depuis un an après y avoir coulé. Pas grave, ce gars là a de la ressource. C'est le plus cap verdien des européens. Il pêche avec eux pour renflouer sa caisse de bord en vue de se construire un nouveau voilier. Pas d'inquiétude aucune, par le passé, il s'est toujours démerdé pour bien vivre: Culbutes immobilière par-ci, achat, renovation, revente de bateau par là. Il sort bien entendu des sentiers battus, le fisc le lui a douloureusement rappellé. Après avoir transféré ses avoirs ailleurs, il ne peut plus mettre les pieds dans l'hexagone. Un clandestin français réfugié au Cap Vert. Original....

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Quant à ce fier pêcheur qui me présente une de ses prises du jour. - rien d'exceptionnel ici pour ne pas dire banal- est un cap verdien assez typique. Obligé comme les 3/4 de sa communauté à aller chercher du boulot ailleurs, il a usé quelques paires de pompes sur les bateaux avant de revenir au pays. Il est bien entendu polyglotte, ouvert d''esprit et assez cultivé.



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Un monument enfin! Ne vous fiez pas à sa mine de Père Noël débonnaire, cet homme est le plus grand marin que j'ai rencontré dans ma vie. A 25 ans, il achetait une épave bien née. Un plan Stephen de 17m qui donne toujours du fil à retordre à tout croiseur moderne. Puis il est parti. ça fait 40 ans que ça dure. Quand on le voit arriver sous voile, majestueux, sans moteur (marche plus...), seul, sur un engin magnifique et un peu décati qui effrayerait bien des équipages expérimentés, on se tait. On admire. Quand on lui demande comment il fait pour vivre, pour manoeuvrer seul ce grand truc sans confort moderne, il se marre et répond humblement "Oh, tu sais, pour vivre... A un moment, on passe le mur et après, c'est facile...Quant à manoeuvrer, je n'ai aucun mérite. Avec ma trinquette bômée, c'est facile comme tout...."

Une dernière photo qui va avec le grand homme, celle de l'interieur de son vénérable canot. Le premier 016bateau que je vois qui a une table à carte aussi grande que celle de Galapiat. Les amateurs de bourlingue et de vieille marine apprecieront....       

Bon, ce soir, c'est la fête du village et en plus, il faut que j'attende l'ami Nikko qui atterit ce soir à 1h du matin. Moi qui voulait vraiment me reposer. Difficile ici de rester chez soi. Trop d'intensité, trop de vie. Va-t-il falloir que je reparte seul pour quelques jours de mer, afin de récupérer?

Posté par Teepee à 18:25 - Afrique de l'ouest 2009 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 novembre 2009

A donf dans l'Alizé

Je suis au Cap Vert depuis deux jours. C’est la troisième fois que j’y viens. Dès que j’ai posé le pied à terre, j’ai compris pourquoi Cabo Verde avait été mon escale préférée lors d’un premier voyage de plusieurs mois en bateau il y déjà 13 ans. Pourtant, durant ces 6 mois de bourlingue entre Royan et les îles vierges, j’avais vu du pays. Le Cap Vert, j’en parle une autre fois; ça ne fait que commencer et puis dans l’ordre, avant ça, il a fallu y arriver… Petite mise en garde quand même, la suite est franchement trop longue à mon goût mais je n’ai vraiment pas réussi à abréger.

A Las Palmas «la poisse», si j’ai soigneusement préparé Galapiat dans les moindres détails et tout vérifié trois fois, je me suis franchement négligé. J’avais quand même prévu une bonne dernière nuit pour me retaper un minimum mais me suis tout à coup aperçu que je ne pouvais pas partir pour une première grande solitaire sans me relire en chemin «La Longue Route». C’est bien le diable si, dans un tel port de voyage, je ne trouve pas quelqu’un pour me l’échanger ou me le prêter. Je finis par trouver bien-sûr, mais de ponton en ponton, de rencontre en rencontre, ce n’est qu’à l’aube que je rentre me coucher, éméché mais surtout étourdi par toutes ces personnes étonnantes que j’ai encore croisées. Comme promis à Martha cette nuit, j’embarque pour son association Correosdelamar.org, des sacs de fringues, de jouets et de fournitures scolaires à droper au Cap Vert auprès de contacts existant ou à créer, afin qu’ils en fassent le meilleur usage possible.

Je largue les amarres en milieu d’après-midi. Stressé non pas par le trajet mais par une éventuelle poursuite de la série noire, je guette l’avarie avec une pensée émue pour l’ami Jim dont c’était une des occupations favorites lors de notre transat Panama-Hyères l’année dernière. Galapiat me rassure bien vite, probablement par gratitude de m’être aussi bien occupé de lui ces derniers temps. Le vent portant monte, je mettrais bien le spi mais je ne suis pas équipé pour grimper seul en tête de mât dans le cas où il s’entortirait autour de l’étai comme c’est arrivé lors de notre navigation vers Malte cet été. Je me contente de rester en ciseau, génois tangonné. Et puis, je me mets à poil. Mon 009corps me rappelle tout à coup qu’il n’apprécie plus de carburer sur le seul régime d’un demi-repas par jour, de tabac et de litres de thé. Je me lance alors dans une sorte de tortilla géante ultra riche de tout, en dévore trois assiettes. Grosse indigestion. Après une série de photos débiles pour tester mon nouveau gadget -El mas facile y barrato por favor - j’ai demandé au vendeur hier dans mon piètre espagnol de ponton-, je me plonge dans les arcanes mystérieuses du radar et de ses multiples réglages de gain. Je n’ai utilisé l’engin que deux ou trois fois seulement. Cette fois-ci c’est différent. Je compte bien sur lui et son alarme pour pouvoir dormir correctement en mer. Le bon vieux docteur Chauve explique qu’il faut un minimum de cinq heures de sommeil par 24h et que, lorsqu’on entend des voix ou que la vierge apparait dans les haubans, il ne faut vraiment plus tarder à rejoindre sa couchette. La nuit tombe et malgré ses deux tonnes de plus et ces satanés coquillages qui ont commencé à coloniser la coque à une vitesse effarante dans les eaux de Las Palmas, le vent qui a fraîchi propulse Galapiat, tout dessus, rien en dessous, entre 7 et-12 nœuds pendant que je vaque peinard à mes occupations. Le kif!

Mon seul soucis est le sommeil. Chaque fois que je m’allonge et commence à plonger dans les limbes, une étrange excitation me rappelle à la surface. J’entame ma seconde nuit blanche et ne suis pas fatigué pourtant. La lune est couverte, je me rapproche d’un super tanker illuminé mais sans feux de route. Il est immobile et tellement énorme que même la houle qui enfle ne semble pas pouvoir le faire osciller de quelques millimètres. Je passe avec respect pas loin de la proue du monstre endormi en me demandant ce qu’il peut bien attendre.

Je suis dans l’alizé, aucun doute la dessus. A quoi le reconnait-on? Et bien disons que si vous êtes nu toute la journée, 005si vous n’avez pas touché une écoute depuis un moment et que, malgré cela, le bateau aligne durablement de belles moyennes, vous y êtes certainement. 175 milles pour ce premier jour. Ah oui! j’oubliais aussi, en général même le plus misérable des pêcheurs voit sa ténacité récompensée. Je remonte une Coryphène de taille parfaite pour un solitaire affamé. 50 mn plus tard, elle est dans mon estomac. Tel un moine caressant son missel, je me relance dans la lecture religieuse de Moitessier. C’est la première fois que je lis trois fois le même bouquin. Je savoure chaque point technique ainsi que son lyrisme nautique que certains abrutis lui reprochent avec condescendance. Galapiat dévale les lames sans forcer. Parfois une houle traversière le bouscule un peu dans un surf à la manière d’un gros camion sur une pente glissante qui chasserait du cul. Et puis, il se remet en ligne tout seul sans que je ne touche à quoi que ce soit.

Je dors mieux cette deuxième nuit même si c’est plus une somnolence qu’un véritable sommeil. Le poisson ne passe006 pas. Pas une question de fraîcheur mais peut-être trop cru ou trop vite avalé. En tous les cas, je le vomis par-dessus bord tandis qu’une petite déferlante vicieuse claque sur le franc bord et me douche la tête sous la pleine lune. Un peu dégouté du poisson dans l’immédiat, je ne remets même pas la traîne. Pas un bateau depuis la citadelle flottante de la nuit dernière. Le vent est monté à 30 nœuds, la mer gronde. Je n’ai pas envie de réduire, ça ne montera pas plus. Galapiat accélère encore. Jouissif. 185 milles pour ce deuxième jour et record sur 24h battu. Mon bel enthousiasme est rincé lors de ma petite inspection de routine: une soudure du puit de dérive arrière a laché et laisse s’échapper par intermittence un filet d’eau. Peu accessible en navigation, je ne peux dans l’immédiat qu’y poser un serre joint pour éviter que la fissure ne progresse. Trouver un soudeur alu au Cap Vert ou au sénégal n’est pas franchement gagné. Allez. pas de stress inutile, arrivons d’abord. On avisera sur place. Il y a toujours une solution. C’est mon nouveau motto qui remplace avantageusement: quelle merde! Je profite de l’instant, de cette navigation exceptionnelle que Galapiat et moi avalons goulument.

Au troisième jour seulement, la sentinelle qui veillait à je ne sais quelle hypothétique invasion de tartares s’est enfin 012décidée à abandonner son poste: j’ai retrouvé le sommeil et rattrape mon déficit dès que j’en ai envie. Que c’est bon de s’endormir les membres relachés, les pensées moins chaotiques et les rêves revenus à une vitesse de défilement normale. Allongé dans ma couchette, je rêve et entends le feuillage de grands arbres qui bruissent sous une rafale. Non, il n’y a pas d’arbres en mer, ce n’est que le bruit de l’eau qui bouillonne contre la coque lorsque Galapiat accélère en fin de surf….Vers 4h du mat, alors que je me lève et me prépare une solide collation salée, j’ai l’impression que le vent a baissé, Galapiat embarde moins. Pourtant la moyenne s’est encore allongée et à 14h, mon record de la veille est écrasé par 195 milles au compteur. Pour une première solitaire hauturière, je suis servi comme un prince. J’aimerais pouvoir affirmer être parvenu à cette belle moyenne par des manœuvres aussi spectaculaires qu’audacieuses mais la vérité est que je n’ai presque touché à rien depuis le départ. J’ai juste fait confiance, je corrige de temps en temps le cap de quelques degrès quand un léger changement de vent ou de houle me fait dériver de ma route. Un enfant de 10 ans ferait tout aussi bien. Mon seul mérite est d’avoir su saisir la bonne fenêtre météo, simplement idéale.

De jour, je lézarde souvent sur le pont à ne rien faire, à lire ou à regarder. Avec les alizés, les poissons volants sont 011apparus, peu nombreux la veille, innombrables escadrilles au ras des flots le matin suivant. Une vraie reconstitution de la bataille d’Angleterre. Pas moins de sept crashs sur le pont cette nuit: La pêche pour les nuls. Il parait que c’est plus fin que la sardine, il y aurait de quoi faire une bonne friture mais ils sont déjà tout raides et l’odeur qu’ils laissent sur les doigts me lève le cœur. Décidément, ma petite intoxication laisse des traces. Pas encore prêt à remettre la ligne ni même à manger du thon en boîte… Cette nuit, l’un d’entre eux est passé à ras de ma tête. A mon sens, s’en prendre un dans la figure ne doit pas être anodin. J’imagine le tableau: œil creuvé par un exocet, personne ne me croirait. Et pour le reste de ma vie, à celui qui me demanderait comment c’est arrivé, je devrais répondre:

- J’ai pris un poisson volant dans la tronche

- Oh, arrête tes conneries, ç’est si dur que ça d’en parler?

- Mais non, je te jure que c’est la vérité

En tous cas, je suis désormais persuadé que ça a déjà dû arriver à un malchanceux. Je vais mener ma petite enquête…

Après plusieurs tatonnements, je finis tout content par capter RFI fort et clair et écoute un peu l’émission: trois 010«experts» y débattent de la situation israëlo-palestinienne. Ils finissent par conclure que la situation ne s’arrange pas. Passionnant… Je coupe la radio, finis «La Longue route» avant d’attaquer un autre bouquin prêté: «La mer est ronde» de Deniau. Enarque, ambassadeur, politicien, et académicien qui se risque pourtant sur ce sujet. Suspect. Méfiance. Ça commence bien pourtant: il se désigne simplement comme un «amateur» au sens de celui qui n’est pas professionnel mais qui aime. La structure est sympa aussi, traiter de la mer par thème plutôt que comme un récit : bateau, cartes, nœuds, littérature. Je me sens vite pris d’un malaise car malgré la feinte humilité de son avant propos, ce plaisancier du dimanche se révèle pédant, donneur de leçons et condescendant. La mauvaise habitude de se faire cirer les pompes dans les cabinets ministeriels probablement. Je n’irai pas plus loin et laisse définitivement de côté l’affreux bonhomme. Autre prêt et excellente surprise en revanche avec «Salut au grand sud», écrit par Autissier et Orsenna (Académicien lui aussi mais un bon vu qu’il a repris le siège vacant de Cousteau). Drôle, très poétique et passionnant, même pour ceux qui n’ont que faire des terres australes. A lire absolument.

Avant dernier soir, en pleine forme. Je me propose et accepte volontiers la première mousse depuis les Canaries puis décide de faire night-club à bord. Musique à fond, je trinque avec la pleine lune qui me cache un peu la croix du sud, promesse de tropiques. A défaut de stromboscopes, elle m’éclaire quand je me mets à danser stupidement sur le rouf ou que, un peu plus tard, dans le silence cette fois-ci, les bras en croix, je me prends pour Leonardo Di Caprio à faire le beau à la proue de Galapiat. Ce soir, c’est fête. Il y a bien cette fissure dans le puit de dérive arrière, la GV qui rague dangereusement contre le deuxième étage de barre de flèche; la VHF qui, après que je lui ai enfin rendu parole et audition, s’est mise à me créer une fuite électrique; l’eau sous pression qui fait sporadiquement toujours des siennes, sans compter mes aléas sentimentaux. Rien à foutre. Ce soir, je monte le son, je danse le mia, quitte à faire péter les enceintes et à fumer les batteries. Trop bon. Rien de grave ne peut m’arriver de toutes façons en ce moment. Un peu difficile à expliquer mais je le sais, je le sens.

014Quatrième jour: Le gros ventilo s’essouffle, plus qu’une petite dizaine de nœuds hésitants tant en force qu’en direction. Je suis même obligé d’aller manœuvrer, c’est dire. Je détangonne, passe le genois sous même amure que la GV, je me remets plus tard en ciseau tangonné, puis non etc…. Pas pressé après tout. Je peux encore profiter de cette curieuse parenthèse dénuée de rythme formel et de regard extérieur. Même à deux, on marque au moins les journées de navigation par deux repas partagés. Seul, c’est vite en fonction de sa fantaisie et de ses besoins du moment. Diète ou trois festins par jour, dormir 2h ou 15h. Qu’importe. Aucune règle sauf les miennes.

Au petit matin, Sal est en vue dans un halo brumeux. L’atterissage sous le vent de l’île est merveilleux. La mer s’aplatit et Galapiat glisse furtivement le long de la côte en direction de Baia de Palmeira. Une myriade de barques de pêcheurs travaillent et je reprends la barre à Charlie pour la première fois depuis Las Palmas pour zig zaguer et éviter leurs filets. Petits 016signes amicaux de la main. La mer est constellée de risées formées par les bancs de poissons qui abondent ici. Les dauphins par dizaines tournent autour des barques comme des chiens de berger attendant leur récompense. Certains tapent la surface de l’eau de leur queue, d’autres effectuent de spectaculaires cabrioles dans les airs. Il y a de la joie immédiate dans ce pays. Un peu à regret, je roule le Génois et continue mollement jusqu’au mouillage sous GV seule. A regret encore, je relance la bourrique pour les derniers cent mètres et arise la GV. Je lâche la pioche dans 4m d’eau à côté de «Tudo bon», ce joli monocoque jaune poussin, ultra rapide que je croise depuis Rabat et que je pensais parti pour le Sénégal avec ses copains. Un coup de fil pour rassurer la maman, puis je consigne le bilan de cette première solitaire significative dans le livre de bord. Date: 4 Novembre 2009. 20 minutes de moteur; 828 milles en 115 heures, soit un sympathique 7.2 nœuds de moyenne, record battu sur 24h avec 195 milles et pointes à 16 nœuds. Les chiffres, on s’en moque en vérité. L’essentiel est ailleurs: Je suis en bien meilleure forme physique et morale qu’au départ, lavé de tout et net, libre comme jamais, juste heureux finalement.

Posté par Teepee à 15:29 - Afrique de l'ouest 2009 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 octobre 2009

Solo

carteDemain, je pars vers le Cap Vert à 800 milles d’ici. Belle tirée pour une deuxième navigation en solitaire. Ma première expérience du genre se limite à un modeste La Ciotat-Toulon sur Salute, mon précédent et premier voilier de 6m, il y a plus de 10 ans déjà. Changement d’échelle à tout point de vue donc.

A ma demande, Bach Yen est en effet rentrée en France. Avec elle, les enfants dont je ne peux de toutes façons m’occuper seul sur un bateau qui navigue. Nous mesurions parfaitement la chance rare et les risques de cette vie si particulière. Nous en ressortirions plus unis que jamais ou chacun de notre côté sinon. Certes, la préparation et les débuts n’ont pas été simples mais nous étions en train d’en récolter pleinement les fruits. Rien ne semblait plus pouvoir nous atteindre. C’est ce que je croyais en tous cas…

Je n’avais juste pas imaginé qu’une bourde aussi sordide et soigneusement enterrée choisirait cette période bénie pour me sonner, démolir en un seul instant ce bel édifice et puis enfin, attiser des incompréhensions non apurées. Un mois à tenter ensemble de rafistoler notre couple endommagé n’a rien donné malgré quelques rémissions aussi temporaires que trompeuses. Une séparation à durée indéterminée est devenue la seule option vivable. Les enfants ont retrouvé avec joie leurs cousins, leurs grands-parents, le parc, les chevaux. Ils vont bien et c’est tout ce qui compte.

Détestable escale décidément que La Palmas où la fameuse loi de Murphy m’a occasionné un maximum d’emmerdes pour me laisser y moisir le plus longtemps possible. Je ne déborde pas d’enthousiasme à la perspective de passer du voyage en famille à l’errance en solo mais il faudra du temps pour y voir clair. Au moins, sur Galapiat qui à pris tout à coup des allures de Xanadu trop grand pour moi seul, je suis chez moi. Je m’y sens bien mieux que n’importe où ailleurs, même maintenant. Merci aux proches et aux copains de mouillage d’avoir grandement aidé à endiguer ma colère ravageuse et peu propice à calmer la crise.

Une petite semaine en mer, en tête à tête avec ce bon vieux canot devrait me faire grand bien. L’occasion d’une expérience initiatique que certains adorent, que d’autres se promettent de ne plus jamais renouveler. J’appréhende un peu, juste ce qu’il faut je crois. Ce n’est pas une obligation car les équipiers à la recherche d’embarquement immédiat abondent. J’en ai juste envie. Je suis prêt.

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16 octobre 2009

Iliens, de nouveau

Après plus d’une semaine à Rabat, nous partons le 4/10 et mettons le cap directement sur les Canaries. Une depression modérée et stationnaire au large des côtes génèrera de la pétole près des côtes ou du SW contraire plus au large pendant la plus grande partie du trajet. Nous sommes désormais en Atlantique comme en attestent les mouvements souples et amples de l’Océan ainsi que la facilité de lecture du ciel et des conditions meteo. Pendant trois jours, nous louvoyons vers le sud au plus près du vent alternant de longs bords au large vers le centre de la dépression, afin de toucher de l’air, et des retours vers la côte jusqu’à ce que ça devienne vraiment trop mou. En la contournant ainsi par son est, le vent commence enfin par adonner et à nous positionne sur la route directe. L’avant dernière nuit, le vent redevient portant. Au final, au moins 650 milles parcourus assez laborieusement en presque 5 jours au lieu des 450 de la route directe. Faire au plus court près denav la côte marocaine aurait nécessité des dizaines d’heures de moteur..

Les journées sont douces mais les nuits fraiches et saturées d’humidité. Les enfants ont enfin compris qu’ils ne pouvaient rester cul nus et acceptent de mauvaise grâce d’enfiler pantalons, polaires et cirés. A part ça, ils ne souffrent aucunement du confinement ni du mal de mer qui touche durement BY pendant deux jours. En plus de cela, elle a contracté une bonne grippe. La pêche est toujours aussi désespérante malgré les conseils prodigués par Grégoire qui pourrait ouvrir une poissonnerie itinérante tant ses prises dépassent de loin ses besoins. De mon côté, toujours rien sinon les habituels sacs plastiques et autres déchets du genre. Une mouette pourtant me prouve qu’un être vivant doté d’un QI limité, peut s’intéresser à mes leurres. Elle s’acharne dessus au point de s’emberlificoter dans la ligne. Je la laisse faire le cerf volant derrière le bateau un moment puis fatiguée passer au sous marin pendant une bonne dizaine de minutes. HS, si elle vit toujours, j’espère ainsi éviter ses coups de becs. Malgré un tel traitement, la stupide et increvable bougresse est toujours vivante et se débat encore alors que je la libère. Sinon, mon enrouleur rend l’âme. Coincé sans raison apparente, les billes des roulements tombent sur le pont lorsque je le débloque et le tambour n’est plus solidaire de sa base. A réparer. L’ensemble reste heureusement utilisable en l’état jusqu’à destination.alunissage

L’atterrissage au petit matin dans le chenal qui sépare Lanzarote et Graciosa est sublime. Alunissage serait d’ailleurs plus juste. Sabloneuse, plane, déserte et jalonnée d’anciens volcans, Graciosa semble plutôt appartenir à une autre planète. Lanzarote en face, plus abrupte mais tout aussi désolée ne dément pas cette impression. Je pensais n’y passer qu’une nuit de repos avant de repartir sur Las Palmas mais nous y restons finalement 4 jours. Quatre jours reposants et agréables où la perspective d’un plagechangement d’équipage, solution principale envisagée mouillage

pour laisser passer la tempête, s’efface peu à peu. Nous resterons finalement tous les quatre. Playa Fransesca où nous posons la pioche, ravit les enfants, privés de nature et de plage depuis Formentera. Des aperovoiliers rencontrés aux escales depuis Ceuta nous rejoignent et, pour quelques jours, un village à flot de romanos des mers se forme. Tequila régale tous les bateaux en partageant l’espadon de 2.20m qu’il a peché sur le route, nous le degustons chez Richard de Baloo, pendant que Thao et Ewen font la foire avec Demian, leur fils de 3 ans. Aperos chez les uns ou les autres, bouffe sur Galapiat aussi, discussions sur la plage entre équipages pendant que les enfants jouent les uns avec les autres - ils sont relativement nombreux ici -, exploration des baies voisines pour plongée sur les recifs; chasse au calamar dans les cailloux à marée basse avec les enfants, occupent ces journées de robinsonnage.

poisson120 milles pour Las Palmas, dernière étape avant le Brésil où il est possible de s’approvisionner en tout et de réparer l’enrouleur ainsi que d’autres bricoles. Le vent est très mou sur l’ensemble du trajet et nul pendant les dernières heures mais le spi, que je décide de garder la nuit, nous permet d’éviter de nombreuses heures de moteur tout en cheminant à bonne vitesse. Et enfin, je pêche. Les deux lignes tapent des Coryphènes. L’une se détache avant même que je puisse la crocheter. Thao et Ewen s’extasient devant la prise et m’assistent religieusement pendant que je vide la bête et débite les filets. Au mouillage derrière les brises lames, devant la ville et à côté des marinas qui sont de toutes façon remplies ou bookées pour les 200 bateaux qui partiront le 15/11 pour Sainte Lucie dans le cadre de l’ARC (Atlantic rally for cruisers), j’ai hâte que nous bouclions le programme de travail prévu car si la ville est commode pour toute question logistique, elle est absolument sinistre et sans intérêt. J’espère pouvoir en décoller le 21, avitaillement fait, une fois les pièces de profurl reçues et l’enrouleur remis en place.  

Posté par Teepee à 13:44 - Afrique de l'ouest 2009 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 octobre 2009

Longue descente

Me méfiant de la côte marocaine, prolongée par un plateau continental peu profond où les flux d’ouest peuvent 018générer une mer dangereuse qui drosse l’imprudent à la côte, je n’avais initialement pas prévu d’y faire escale. Nous avons changé d’avis autant à cause de conditions météo très stables que de discussions de pontons vantant Rabat ainsi que le confort et le prix modique de sa toute nouvelle Marina. Telle une traversée Hyères Calvi, il n’y a que 120 Milles entre Tanger et Rabat. Ejectés virilement du détroit par un Levante d’une trentaine de nœuds que le speedo célèbre en affichant une vitesse à deux chiffres pendant les premières heures, ça se tasse malheureusement très vite et le moteur prend le relai avant la nuit. Courte tentative pour exploiter un très léger SE, puis à nouveau, Mr Volvo reprend son chant monotone pendant qu’une brume épaisse et dangereuse s’installe. Je mets un certain temps à me souvenir que j’ai un radar et enfin, l’air revient timidement pour les dernières heures. Globalement, cette nav ne restera pas dans les annales. Seul une sorte de pinson local, manifestement peu taillé pour le vol océanique, est venu agrémenter mon quart du matin. Il s’est posé approximativement sur le pont, extenué et incapable d’en repartir. Refusant le petit-dej que je lui propose, il se laisse pourtant caresser avant de reprendre son envol deux heures après.

Rabat est effectivement une plaisante et comfortable escale, en particulier depuis que la Marina Bouregreg est 030opérationnelle. Sa jeune réputation parmi les yachties en bourlingue se répand comme une trainée de poudre. Nous y retrouvons des connaissances de Tanger et de Ceuta, et y faisons de nouvelles rencontres qui, comme nous, n’avaient pas prévu de s’y arrêter. Salé va sans aucun doute devenir un nouveau jalon incontournable de la route des tropiques. Rien à y redire: Idéalement située sur la rivière Bouregreg qui sépare Rabat de Salé; protégée de toute condition et sécurisée; un pilote vient vous chercher à l’entrée du port pour vous diriger dans le chenal de la rivière, pourtant parfaitement balisé; Douane, police et medecin arrivent immédiatement. Ils sont charmants et les formalités sont vite expédiées. Pour les amateurs de certaines spécialités locales prohibées, gare quand même à la brigade canine qui fait partie des invités une fois sur deux, surtout si vous débarquez de Tanger….; Cateway king size; all included: eau, electricité, wi-fi, sanitaires et douches. Contraste total avec le port de Tanger, moins pittoresque bien sûr mais ultra luxe et idéal pour se coller à une bonne session de disqueuse, vidanges et autres bricoles sans penser douloureusement au crédit qui chute brutalement à chaque nouvelle nuitée.

067Rabat est sage et calme. Sa fameuse Qasbah des Oudayas est briquée et repeinte de frais. Jolie mais finalement assez ennuyeuse. Disneyland. Pas grand monde, à part quelques salves de touristes envoyées par un car sporadique. La Medina est plus vivante et intéressante mais dégage aussi ce même caractère assagi et légèrement léthargique. Un tour pour aller saluer Hassan II dans son mausolé très chic et voilà. Je préfère finalement Salé, dont la Medina se trouve juste à la sortie de la Marina. Populaire et de prime abord quelconque, elle réserve pourtant de bon moments: Dans ses marchés moyen-âgeux immenses et actifs à toute heure, un aveugle sourd pourrait aisément s’y orienter rien qu’aux odeurs: Ici volaille vivante avant l’étêtage, là menthe, un peu plus loin poisson plus trop 033frais et juste après mouton de même, Par là encore, Epices, et…tiens, tiens, double zéro. J’aime aussi ce barbier austère aimant le travail soigné qui passera plus d’une heure à débarrasser méticuleusement mon visage de trois semaines de pilosité pour le prix d’un demi-thé à la menthe. Je lui donnerai volontiers plus mais je crois qu’il le prendrait mal…; Pensée émue aussi pour la fantastique soupe marocaine qui a assouvi une fringale nocturne dans un bouis-bouis graisseux. Le Hamam secret enfin, dans une ruelle sombre, que rien n’indique sinon les explications des habitants à qui je demande mon chemin plusieurs fois avant de le trouver.   

Thao et Ewen se plaisent beaucoup ici, sillonnent les quais comme des fusées, à fonds sur leur vélo. Nous avons dû en acheter un autre à Ceuta car, depuis que Ewen a abandonné la trottinette pour s’intéresser au vélo, une guerre de 026tranchée sans merci s’était déclarée entre eux. Ils ont aussi formé un gang avec la petite voisine, Sam, une australienne de 5 ans qui voyage avec ses parents depuis autant d’années et qui est aussi turbulente qu’eux, voire plus. C’est rassurant. Ils ne se quittent plus et sont très affairés entre l’atelier peinture sur corps, les aventures maritimes de leurs bateaux en plastique, la construction nautique en clipo et la virée en bécane. A part une tourista inévitable à force de se rouler par terre avant de sucer leur pouce, rien à signaler de fâcheux. De son côté, BY s’est peut-etre cassée le petit orteil et moi, je traîne toujours cette envie permanente de vomir depuis que la bombe à retardement emportée par ma douce épouse dans ses bagages, nous a pété à la face.…. Irradié comme un rescapé provisoire d’Hiroshima, j’ai la vague impression que celle là génère aussi des «effets secondaires indésirables» Bon, bref, regardons l’avenir plutôt.

A propos d’avenir, si les Canaries ne m’excitent pas plus que cela, les échanges entre marins qui s’intensifient à chaque escale, focalisent plutôt mon attention sur le Sénégal / Gambie et au-delà encore, sur les îles Bijagos, un peu plus au sud, devant la Guinée Bissau. Là-bas, il n’y a franchement plus personne et ça devient vraiment l’aventure à seulement 200 milles de Dakar; peu de documentation vraiment précise et fiable, des conditions de navigation pas simples, rien ni personne en cas de pépin bateau ou santé majeur. J’ai commandé le peu qui existe. Le hasard des rencontres au cours de cette longue descente m’en apprendra plus.

Posté par Teepee à 22:10 - Afrique de l'ouest 2009 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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